Portrait #3. Benoît Thomé : Président de l’association Animal Cross.

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1) Pouvez-vous présenter l’association Animal Cross ? 

Animal Cross est une association de protection des animaux à vocation généraliste. Dès lors qu’un animal souffre à cause de l’homme, nous considérons que nous avons matière à agir. C’est donc un grand nombre de cas qui potentiellement peuvent être abordés par notre association. Nous nous concentrons aujourd’hui sur la maltraitance animale, les animaux sauvages et la chasse, le foie gras et un nouveau sujet qui va bientôt sortir, la zoophilie. 

2) Quel a été le fait le plus marquant pour l’Association ? 

Pour nous il n’y a pas de différence entre sauver ou diminuer la souffrance d’un seul animal ou de milliers d’animaux. Nous ne considérons pas que l’un est plus important que l’autre, ou qu’il faudrait avoir un raisonnement quantitativiste. Néanmoins, pour répondre à votre question le cas qui a sans doute le plus fait parler de notre association est notre intervention il y a 5 ans à l’ancienne SPA de Pau. Nous sommes intervenus à matin de février 2014 sur la base d’informations et avons constaté que 13 animaux venaient d’être euthanasiés. Quelques semaines plus tard nous avons pu faire saisir des documents par un huissier de justice. Nous avons par la suite pu démontrer que dans cette soit-disant association de protection animale plus de 400 animaux avaient été tués en 2013 dont 56% pendant la période fourrière, sans avoir recherché les propriétaires, et que, par ailleurs, des centaines de chiots et chatons avait été asphyxiés avec de l’éther dans des sacs en plastique. Nous avons porté l’affaire devant l’ordre des vétérinaires qui a condamné la vétérinaire en poste. 

3) L’Association souhaite-t-elle que l’animal soit reconnu comme une personne juridique à part entière ? 

La phrase au fondement de l’action de notre association dit ceci : « tous les êtres vivants, domaines de la nature, minéral, humain, végétal et animal, naissent et demeurent libres et égaux en devoirs et en droits. » Nous pensons que cette phrase ouvre les nouveaux horizons dans lequel la protection animale devrait s’inscrire, un antispécisme qui s’adresse non seulement aux animaux mais aussi aux autres êtres vivants. Dès lors, la personnalité juridique l’animal pour nous est une évidence car elle consiste à accorder le statut juridique qui convient à l’essence même de ces êtres que sont les animaux. 

Notre manière de parvenir à la personnalité juridique est donc un peu différente de celle actuellement en cours dans la pensée animaliste française. En effet selon les articles par exemple 515-14 du code civil ou L214-1 un du code rural, l’animal doit être respecté en raison de sa sensibilité, terme juridique qui signifie la capacité à éprouver souffrances, douleurs et angoisse. C’est au nom de cette sensibilité juridique que les animaux doivent être reconnus comme des personnes. Bien entendu ; nous ne pouvons que souscrire à cette analyse. Mais nos valeurs seraient plus proches de la tradition par exemple orientale.  Selon cette tradition, qu’on retrouve par exemple dans le bouddhisme,  dans l’hindouisme avec un penseur comme Ghandi, mais aussi chez certains penseurs ou personnes de l’Occident, comme Saint François d’Assise, c’est l’ensemble des êtres vivants qui a droit au respect en raison de leur condition d’êtres vivants. En tant que telle, notre association défend les animaux mais les végétaux et les minéraux ont aussi le droit au respect. 

Dans le livre que nous avons écrit (voir ci-dessous), nous préférons parler de l’animal comme une individualité sensible plutôt que d’une personne car la plupart des gens ne sont pas capables de comprendre que le terme personne est une catégorie juridique. Ils comprennent par là que les animaux son comparables  aux êtres humains, alors qu’il y a aussi des personnes morales comme les sociétés.

Dans le livre que nous venons d’écrire nous revendiquons également la personnalité juridique pour des espaces naturels sanctuarisés sans présence humaine reprenant ainsi le courant de pensée issu du juriste américain Christopher Stone qui, le premier, au début des années 1970 a compris que, tant que la nature ne serait pas dotée d’une personnalité juridique, elle serait toujours l’objet de la prédation des êtres humains. Christopher Stone écrivait alors qu’une vallée avec des séquoias centenaires était menacée par un projet touristique de la société Walt Disney. Depuis, plusieurs peuples ont donné la personnalité juridique à des entités de la nature comme en Nouvelle-Zélande le fleuve Whanganui et en Inde le Gange. 

4) L’Association a récemment publié un livre, intitulé « L’Animal sujet de droit, propositions pour de nouveaux horizons ». Pouvez-vous nous en parler ? 

Ce livre répond à 2 mouvements différents : d’une part, il dénonce les exactions commises par la chasse et, d’autre part, il propose une nouvelle vision des animaux et de la nature. Parmi les exactions, il faut comprendre que l’activité de la chasse se propose à la société comme une idéologie répondant à un besoin, celui de réguler la nature qui, sans les chasseurs, serait hors de contrôle. Les chasseurs ont réussi le tour de force de faire pénétrer leur pensée nauséabonde jusque dans la loi qui reconnaît par un article dans le code de l’environnement la nécessité d’un équilibre agro-sylvo-cynégétique. Ce livre démonte avec force et arguments les points de l’idéologie cynégétique. Par exemple sur les 89 espèces chassables 24 sont dans un état de conservation défavorable au sens de l’UICN.  Plus de 40 millions d’animaux sont tués chaque année à la chasse et la moitié sont des animaux issus de lâcher d’animaux d’élevage :  faisans, perdrix, lapins, lâchés pour pouvoir faire un ball-trap les jours suivants. Ces animaux issus d’élevage sont totalement incapables de s’acclimater à la vie sauvage et de ce fait le taux de mortalité ajouté à la chasse est extrêmement fort. L’agrainage aussi est une technique pour soi-disant éloigner les sangliers des champs de maïs mais qui a surtout comme conséquence de nourrir les animaux et de favoriser leur prolifération. On parle aussi de dégâts causés par les grands ongulés mais si ce problème peut être très aigu dans certains endroits, globalement ces dégâts sont tout à fait limités à 25 millions d’euros par an comparés par exemple aux dégâts causés par les intempéries qui sont d’un milliard et demi d’euros par an. Ces dégâts représentent 0,5% des surfaces de maïs, 0,1% des surface de blé ou de millet. Pourtant, à croire les médias, les animaux causent des dégâts considérables. C’est de la désinformation. On pourrait multiplier  ces exemples.

 L’autre partie de du livre essaye de donner une vision positive des animaux dans la nature. Pour nous, tous les animaux ont une utilité dans la nature même ceux considérés comme susceptible de causer des dégâts. Simplement nous n’avons pas fait l’effort d’essayer de les comprendre. Par exemple, les mustélidés (belette, fouines, martes) mangent des rats, mulots, surmulots qui sinon proliféreraient. Le geais est un planteur. Un chercheur a pu estimer que chaque année il pouvait disperser 4600 glands, le fruit du chêne, vers un autre lieu, permettant ainsi aux chênes de se resemer. Les sangliers quand ils creusent dans les champs éliminent les gros vers blancs qui rendent les cultures impropres.

 C’est pour cela que dans ce livre il nous a paru important d’écrire une déclaration des droits des animaux sauvage. Ceux qui veulent donner la personnalité juridique aux animaux généralement n’expliquent pas quels seront leurs droits. Nous avons tenté de le faire dans cette déclaration : par exemple le droit de ne pas être tué par l’homme par exemple, le droit à la liberté, le droit de vivre dans un milieu préservé, le droit aux soins,  le droit de vivre en communauté naturelle, selon les espèces, le droit à la survie de l’espèce.

5) Si vous deviez apporter une seule modification au droit animalier, quelle serait-elle ? 

En lien avec ce livre, la mesure qui pourrait efficacement protéger l’animal sauvage serait de pouvoir sanctionner les actes de cruauté sur les animaux sauvages, c’est-à-dire de les inclure dans l’ article 521-1 du code pénal. De fait, si c’était le cas, toutes les chasses cruelles (chasse à courre, vénerie sous terre, chasse à la glue) seraient immédiatement supprimées. 

6) Comment peut-on suivre les actions d’Animal Cross ? 

Le site internet l’association animal cross vous informe, comme Facebook. Le mieux encore et de vous abonner à la newsletter. Pour le livre de chasse il est disponible sur notre site internet à l’adresse suivante https://www.animal-cross.org/produit/vocation-lanimal-sujet-de-droit-propositions-pour-de-nouveaux-horizons/

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