Ecoles de tauromachie : des enfants entraînés à tuer des animaux

« La corrida est une festivité espagnole gorgée de poussière frémissante et de somptuosité virile, au cours de laquelle on transperce le taureau fou avec des barres de fer pour faire sortir le sang en disant Olé ! » (Pierre DESPROGES, Les étrangers sont nuls). Avant de se donner en spectacle, il faut apprendre la tauromachie. Pour ce faire, plusieurs écoles sont ouvertes en France.

Elles sont ouvertes aux enfants dès l’âge de six ans : à l’âge où l’on apprend à lire et à écrire, on peut apprendre en même temps les bases de la corrida et de la mise à mort du taureau. Cela enseigne aux enfants qu’il est possible de torturer un animal vivant en lui plantant des banderilles (bâtons terminés par un harpon) puis en lui enfonçant une lame dans le corps, que cela est acceptable.

L’association One Voice s’est infiltrée dans ces écoles, et rapporte des images terribles. Les enfants sont forcés à toréer, même s’ils ont peur pour eux ou qu’ils refusent de faire souffrir un autre être. Une mère, ne sachant pas qu’elle est enregistrée, a confié aux membres de l’association qu’après la mise à mort de son premier taureau, son fils n’a plus toréé pendant un an, car encore sous le choc. Parmi les autres témoignages recueillis, on trouve des parents ayant offert un taureau à leurs enfants pour qu’il puisse le tuer. « Qui ferait cela avec un autre animal et dans d’autres circonstances ? » interroge One Voice.

S’inquiétant de l’impact de ces activités sur le psychisme des enfants, en plein développement de l’empathie, le CRAC (Comité radicalement anti-corrida) avait demandé, dans trois instances parallèles, que les activités de ces écoles soient interdites, jugeant que, par la violence des pratiques qui y sont enseignées, celles-ci portaient atteinte à l’intérêt des enfants qui y sont élèves (M. VIVANT, « Quand apprendre à tuer c’est apprendre à vivre », D. 2019, p.1537). L’association renvoyait d’ailleurs, au soutien de ses conclusions, aux recommandations du comité international des droits de l’enfant de l’Organisation des Nations-Unis. Dans la résolution n° CRC/C/PRT/CO/3-4 du 25 février 2014 produites aux débats, ce comité, exprimant sa préoccupation sur l’état de santé physique et mentale des enfants qui participent à un apprentissage de la tauromachie et aux corridas liées à celle-ci, invite directement les Etats à interdire la participation de ceux-ci à cette pratique

Les tribunaux administratifs de Nîmes, Marseille et Montpellier ont tous trois rejetés les demandes du CRAC. Les trois recours formés contre ces décisions furent également rejetés par la cour administrative d’appel. Si ce rejet n’est que peu étonnant, la motivation de ce dernier est plus surprenante. La cour établit en premier lieu que le CRAC « n’établit pas, en l’absence notamment de la production d’une étude scientifique détaillée et complète, que l’enseignement dispensé, tel qu’il ressort des pièces du dossier et qui vise à perpétuer une pratique traditionnelle faisant l’objet d’une dérogation légale, serait contraire à l’intérêt supérieur de ces enfants » (Cour administrative d’appel de Marseille, 5ème chambre, 18 mars 2019, 17MA00676).

En second lieu, elle cite l’article 521-1 du Code pénal, qui sanctionne « le fait, publiquement ou non, d’exercer des sévices graves, ou de nature sexuelle, ou de commettre un acte de cruauté envers un animal domestique, ou apprivoisé, ou tenu en captivité ». Elle rappelle ensuite l’alinéa 7 de ce même article, qui prévoit que ces dispositions « ne sont pas applicables aux courses de taureaux lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée ». Or, s’il faut dire expressément que l’interdiction des actes de cruauté ne s’applique pas à ces événements, c’est bien qu’elle recouvre normalement ces faits : la Cour indique donc que la tauromachie constitue un acte de cruauté, certes autorisé, mais qu’il n’y a donc « aucun mal à former des enfants à pratiquer sévices graves et actes de cruauté sur un animal. Voilà qui est… déroutant » (M. VIVANT, « Quand apprendre à tuer c’est apprendre à vivre », D. 2019, p.1537).

Si certains avancent le fait que ces écoles n’enseignent pas aux enfants à tuer, nous renvoyons une nouvelle fois vers l’enquête produite par l’association One Voice, détaillée ci-avant (consulter en totalité ici).

 

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